Ah ce bonheur !
Une bonne vie c’est une vie routinière. Une vie tranquille qui s’enquille jours après jours sans surprises. Je n’aime pas les surprises.
C’est comme une poire que l’on ramasse sur l’arbre. On choisi sa poire, ou sa pomme, ça marche aussi avec les pommes, sur l’arbre pour une bonne raison, c’est que elle n’a pas touchée terre. Pas de surprise avec ça, une belle poire bien juteuse, avec une belle peau, sans tache, ni bobo. On lave sa poire, on l’essuie avec amour, en se régalent à l’avance du délicieux quatre heures qu’elle va nous offrir, et là… Patatras, c’est la catastrophe… ça vous laisse un goût atroce, amer, affreux dans la bouche… vous mâchez, et c’est pire, alors vous crachez, et constatez toute l’étendu du désastre. Ce n’est pas un vers, mais un nid complet, avec papa, maman, tonton, tata et les enfants qui ne sont pas vraiment contents que l’on ai croqué maman.
Et bien la vie c’est cette foutu poire tout les jours.
La semaine dernière j’en était à prendre mon foutu RER tout les matins.
C’est sympa le RER, surtout en printemps. Il fait chaud, les filles se dévêtissent facilement, un régal pour les yeux lubriques des hommes. Cela dit, je n’en profite pas. Problème de myopie.
Enfin, si un peu quand même… merde… Célibataire, beau gosse, bien élevé, pas pauvre, pas trop con, abordable, et surtout, adulte. Si je n’en profite pas, qui le fera ?
Et être adulte, ça a ses privilèges. Il n'y a pas maman pour vous taper derrière la tête si on regarde de jolie gambettes.
Et justement, la semaine dernière, il y en avait un tas de jolie jambe. Elles sortaient par paires en plus. Ça m’a laissé présager d’une formidable semaine.
Ce genre de routine, j’apprécie. Ce genre de routine me permet d’oublier mes problèmes.
Je ne vais pas m’étaler, larmoyant, sur la dure vie d’un célibataire qui cherche à acheter une maison alors qu’il n’a pas de problème de fric, ni sur son célibat à combler. Après tout, adulte et célibataire par choix. Même si ce n’est pas facile de trouver la femme qui nous plaise et à qui on plaît.
On en fait tout un fromage de l’amour, mais en fait s’est surtout que l’on en rêve comme sur une carte postale. Un jolie paysage, une superbe blonde sur la plage, avec de belles dents blanches. Ce que ne nous montre pas la carte postale, c’est le type qui la tient. Bref on en rêve de l’amour, mais c’est surtout du travail de ravalement en perspective, et pas forcement pour celui que l’on croit.
Une jolie vu, donc, dans ce RER, et depuis deux semaines que ça dure. Une routine auquel j’ai fini par prendre goût. Enfin, c’est surtout que l’on fini par faire mauvaise fortune bon cœur. Je n’ai pas trop le choix du moyen de transport. Je serais tellement mieux sur ma terrasse, à bronzer. Où mieux, sur la côte d’azur, sur une plage. OK… j’arrête de chouiner. Pas sexy un mec qui chouine…
Ainsi, après mon heure matinale de mous boudeuses, d’odeurs de transpiration, de climatisations défaillantes, et de station debout prolongés, secoué dans ce qui fait la fierté des transports modernes, j’arrive à Gare de Lyon.
Là, je passe devant mes désoeuvrés habituels, avec le même sempiternel pincement de cœur face aux sans abris réclamant silencieusement de quoi survivre, ou simplement de quoi s’offrir un compréhensible remontant.
J’arrive à mon poste, fidèle toutou, prêt à tout supporter pour mes patrons adorés.
C’est sincère en plus. Il y a pire que mon travail, assis toutes la journée.
Rien à voir avec un boulot d’ouvrier, debout à se flinguer le dos, les mains, et les poumons.
Mon père a été ouvrier imprimeur, alors un dos cassé, j’ai vu. Je sers les dents quand j’y pense. Je ne peux qu’imaginer ce qu’il endure.
Je me suis coincé le dos un jour, et la douleur fini par revenir de temps à autre. Savoir que ce sera comme ça en pire, à vie, chaque minute … oui, je sers les dents en pensant à papa.
Mon boulot est sympa. Assis, un écran devant les yeux, je tape sur un clavier. Mon travail ne se résume absolument qu’à ça. Et pas trop mal payé en plus, même si je pourrais trouver bien mieux.
Et puis au boulot on rencontre des gens fantastiques. Bon, parfois agaçant, c’est clair, je n’imagine pas réussir à avoir une discussion avec quelqu’un, si il n’y a pas confrontation.
Une discussion, c’est une lutte. Verbale, certes, mais une oppositions d’idée. Alors forcement, il y a des frictions. Mais c’est ça qui m’intéresse dans les discussions, c’est l’émulsion.
Et j’en rencontre souvent des gens différents, avec des idées différentes. Du fait même de la nature de mon métier, je suis obligé de rencontrer des gens. Pas autant que je le voudrais, et pas forcement à mon avantage, mais il faut chercher son bonheur là ou on peux.
Alors, comme je vis dix heures par jours avec mes collègues, j’apprends à les connaître, je crée mes liens.
Mon boulot, c’est des missions différentes, face à des clients différents. Ça dure de six mois à deux ans environ.
J’en ai des choses à raconter. Des crises de fou rire, et des gens formidables qui m’ont enrichi.
Il y a eu du pire aussi. Des gens odieux, suffisants, arrogants, et méchants, vraiment méchants.
Des missions qui durent, et qui finissent.
Sa peut finir simplement, car on sais, et on s’attend, par contrat, à se que sa finisse.
Alors on se prépare, on planifie, on fête sa avec les potos du bureau d’à coté, on échange nos mails, les trucs habituels.
Sauf que, la semaine dernière, ça a été une fin de mission brutale et sans préavis.
Ah, la colère de ma chef de mission. Elle a été adorable. C’est bon de s’être senti soutenu par elle. Ça l’a fait sortir de ses gonds. Elle voulait que je reste, mais, quand les commerciaux s’en mêlent…
Me voilà donc, en inter contrat depuis.
Et puis, d’un coup de fil, je sais que la semaine prochaine, je serais à une heure et demi de ma prochaine mission, et pour six mois minimum. Enfin, ce n’est pas sur, il faut que je plaise au client, il faut me vendre.
Trois heures de trajet par jour… une nouvelle routine, plus longue, plus propice à rencontrer des gens, ou peut être pas.
Je rêve de partir à L.A. La Californie, Sunset Boulevard, Beverly Hills, Malibu beach…. Comment font-il là-bas ? Quelles sont leurs routines à eux ?
Décidément, une vie routinière, sans surprise, c’est vraiment le bonheur… Mais tellement ennuyeuse…
Migration
Il y a 12 ans

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